« Ma vision du Burn-Out est très personnelle :

Une sorte de maladie professionnelle contagieuse du monde de l’entreprise et de toutes les personnes qui gravitent autour. Ce qui est récurrent, c’est cet épuisement, cette fatigue, cette usure, cet essoufflement. Cela arrive doucement puis augmente crescendo. J’avais l’impression que tout me fatiguait, monter un escalier, parler, écouter, manger… toujours dire la même chose, téléphoner, gérer les problèmes financiers, la paperasse… Je ressentais une fatigue physique profonde. J’avais de plus en plus de mal à me lever le matin et à me coucher le soir avec cette sensation d’être sur les nerfs, de les avoir à vif. Je pesais une tonne au réveil. Je me traînais sur le dos jusqu’au bord du lit pour me lever et me retrouver difficilement assise à regarder mes pieds en me disant : « il faut te lever maintenant. »

Il était peut-être encore temps de me réveiller et faire en sorte d’arrêter ce mal incandescent qui me brûlait de l’intérieur. Par contre, dès que l’on commence à ressentir le besoin de s’isoler, il devient beaucoup plus difficile de s’en sortir.

Cela ne relève plus que de fatigue et d’épuisement, c’est déjà une autre phase, plus inquiétante, dû à ce syndrome qui s’installe.

Ce mal, dont j’ignorais toujours l’existence, progressait, et je m’apercevais que je me renfermais de plus en plus dans mon monde. Un sentiment de vide et de solitude me gagnait, de plus en plus intense et profond. J’éprouvais aussi une grande difficulté à établir des relations avec mes proches, famille, amis et collaborateurs. Un fossé se creusait entre eux et moi. Je me sentais loin, indifférente, et ne pouvais rien y faire. J’étais juste observatrice de ces ressentis et impuissante. Ce mal-être avançait, masqué et destructeur. Je me sentais agressée, tout me paraissait épreuve, attaque, contrainte. J’étais un navire qui voguait sans jamais voir la terre, ou qui coulait dans les profondeurs des abysses. J’avais la sensation de me consumer de l’intérieur. Je m’acharnais pour que mon entreprise ne s’arrête pas. Je me sentais usée, fatiguée, épuisée, à bout de souffle. »